Un peu de fair-play vous aurait honoré chers amis. J'ajouterais aussi un peu de mesure, la mesure étant, avec l'art de la rhétorique, un préalable au sérieux d'un discours.
Le futur échec de Nicolas Sarkozy semble ne faire aucun doute pour vous, pire, il semble vous importer davantage que l'avenir du pays. Comment diable peut-on être à ce point pétris de certitudes alors même qu'on se prétend plus lucides qu'une moitié du pays ? On pense appartenir à la frange clairvoyante de la population, et l'on pointe du doigt la frange aveugle, écartant du coup la possibilité d'en faire parti. Rien ne vous choque ? Moi j'en souris. L'anti-sarkosisme est à la défense des libertés ce que le féminisme est à la misogynie : une réaction excessive, inadaptée et insignifiante.
A vous lire, j'ai l'impression (mais ce n'est que l'impression d'un homme aveugle) que vous vous croyez intelligemment critiques, vigilants, et que vous faites acte de résistance. Vos propos sont tout bonnement irrecevables pour qui a à c½ur de prendre un peu de hauteur. Il est sans doute valorisant de s'illustrer par un engagement ou une prise de position, aussi peu risquée soit-elle (l'anti-sarkozysme n'expose pas à de très grands dangers, convenez-en), encore faut-il donner un sens constructif à ses propos, ce qui ne passe pas par le catastrophisme ou la dramatisation puérile. Se croire éveillé est la somnolence même, et j'ai bien peur que ce forum soit une colonie de dormeurs. La révolte n'est pas une preuve de liberté. La révolte est juste un changement de maître, et le pire des maîtres ne s'appelle ni Sarkozy, ni Royal, mais Certitude, celui pour lequel beaucoup ont voté dimanche.
Alors oui, vos propos tiennent du prodige : être à la fois lourds et légers. Lourds par leur caractère dramatique qui, s'il n'était pas le fait du jeune âge et d'un emportement, serait tout simplement grotesque. Légers, pour leur peu de sérieux : au-delà de la caricature grossière, vous auriez pu vous interroger sur le partage des voix du centre, sur le taux de participation, sur la future équipe éventuelle de Nicolas Sarkozy, qui compte un homme que je respecte en la personne de Jean-Louis Borloo (mais je veux bien admettre mon aveuglement). Vous auriez également pu vous interroger sur le déplacement du PS vers le centre et l'appel d'air ainsi crée à sa gauche, du risque de scission et de l'émergence d'un nouveau courant. Autant de commentaires que j'aurais aimé lire sous la plume de gens « éveillés ». C'eut été une belle occasion de faire honneur à l'esprit des lumières, manifestement si cher à certains. Mais les lumières sont comme les paroles de chanson, on leur fait dire ce que l'on veut.
Vous pourrez décortiquer sous toutes ses coutures mon message, en extraire tel ou tel passage pour lui faire dire ce qui vous arrange, y trouver les pires contradictions (je n'en écarte pas la possibilité) mais vous ne changerez rien à l'essentiel ; vous participez vous aussi, et de façon active, à l'obscurantisme et au nivellement par le bas.
J'ai suffisamment posté sur ce sujet pour ne plus y revenir. Nicolas Sarkozy est désormais président de la république pour cinq ans, et il y a de fortes chances pour qu'il obtienne une majorité en juin, condition indispensable (et institutionnellement logique) à la mise en ½uvre de sa politique. Telle est là règle, et la liberté ne saurait faire l'économie des règles. Souhaiter un blocage anticipé, avant même qu'un nouvel élu n'ait pu faire ses preuves est une attitude anti-républicaine.
Mon post est aussi moraliste que les vôtres, à ceci près que j'en ai conscience et que je le reconnais. Je souhaite bonne chance à Nicolas Sarkozy et à son équipe. Fin de la discussion pour moi.